Chemins de traverse du destin

« Il est habité par son destin, depuis l’enfance à l’en croire. Longtemps, ce destin le dépasse, et cette cotte mal taillée l’expose au ridicule des donquichottes. Jusqu’à ce que l’Histoire rattrape son retard sur le destin. »

C’est Dominique de Villepin au sujet de de Gaulle. Ou Dominique de Villepin au sujet de Dominique de Villepin. A toutes les lignes de cette biographie parue dans un Hors-Série du Monde consacré à de Gaulle, il y a de l’écho en fait. Mais l’Histoire n’a pas fait le job, le destin de Villepin est sorti de son orbite. Ce ne sera pas celui d’un Président, ni même celui d’un candidat.

Je n’ai pourtant aucune intention de me moquer, même si « l’homme savait être cassant, orgueilleux, arrogant même. » D’autant que je suppose qu’il est lui aussi habité par un « pessimisme philosophique », qu’il est « la mélancolie et l’action réunies », et qu’il n’a pas besoin de ça, donc.

Je retiens surtout en fait qu’il était « comme un égaré. Un haut fonctionnaire égaré en politique, un homme de droite du XXème siècle égaré dans la droite du XXIème siècle, de la société de consommation, de la vulgarité et des idéologies stigmatisantes. » (1)

Rien n’impose d’employer le passé d’ailleurs. On échapperait volontiers à Copé en 2017, et il suffirait peut-être pour cela que Villepin assume jusqu’au bout ses pulsions gaulliennes, qu’il érige son inadaptation en principe de résistance. Si le destin gaullien était de ramener une bonne fois pour toutes les valeurs et les idées de la droite traditionnelle dans le giron de la République, qui sait si celui de Villepin n’est pas de les y maintenir, alors que les responsables de l’UMP semblent prêts à toutes les aventures idéologiques pour peu qu’elles les conduisent au pouvoir.

Ce serait un beau destin, ouvert à d’autres rebondissements, qui supposerait de faire un pas de plus dans le désert, de refuser explicitement son soutien à Nicolas Sarkozy et de l’accorder à un autre, au nom de la République. Ca, ça aurait de la gueule.

(1) Texte original: « Un militaire égaré en politique, un homme du XIXème siècle égaré dans le XXème siècle de la société de consommation et des idéologies ». In « L’homme des métamorphoses ».

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