Qualités de souplesse, désir de victoire

(Cet article a été publié pour la première fois en mars 2012)

J’ai longtemps vu dans la phrase de François Mitterrand selon laquelle il fallait des circonstances exceptionnelles pour que la gauche l’emporte en France une rouerie de fin politique. Entendez: il faut François Mitterrand pour que la gauche l’emporte en France.

Il y a peut-être une part de cela, mais bien autre chose aussi, dont je m’avise seulement, moi tard venu, à mesure qu’il semble possible, voire probable, que nous l’emportions.

Et je ne suis pas le seul à être surpris de la disproportion dans les réactions, les colères, les inquiétudes, les injures même des électeurs de droite. Ne me revient que maintenant d’ailleurs un récit paternel auquel je n’avais peut-être pas vraiment ajouté foi, selon lequel l’arrière-grand-père avait failli casser sa pipe quand Mitterrand avait mis le bon père De Gaulle en ballottage. On est quelques-uns, pour qui 81 est un événement et pas un souvenir, à se demander pourquoi on nous parle de fuite en Belgique, de couteau entre les dents…

« Mais ce que les gens ne comprennent pas, c’est que s’il passe, ceux qui ont de l’argent vont partir »

Ben d’accord. Mais nous on peut pas partir. Alors on reste. Et on s’y fait. On s’y est fait.

Au fond, en 2007, je me préparais, avec une conscience plus ou moins nette, à ce que les moyens de l’Education Nationale n’augmentent pas comme il le faudrait, à ce que nous ayons plus à faire, avec plus d’élèves et moins d’accompagnement, à ce qu’au final ceux qui n’ont pas vraiment besoin de nous réussissent aussi bien tandis qu’on ferait encore un peu moins bien semblant face à ceux qui ont vraiment besoin de nous, durant les cinq années à venir. C’était dans l’ordre.

Et les vraiment défavorisés s’étaient déjà habitués, durant les cinq années précédentes, à vivre avec 100 euros de moins. Alors ils s’habitueraient bien à 100 euros de moins encore, qu’ils les aient anticipés ou qu’ils aient espéré que cette fois-ci…

Les pauvres ont l’habitude de ne pas trop tenir à leurs rêves. Quand quelques années de suite ils ont eu un peu de marge, ils n’ont pas perdu pour autant l’aptitude à s’en passer. Pas franchement privilégié ou franchement défavorisé, on comprend qu’en politique on doit en premier lieu développer la souplesse et la compressibilité nécessaires pour passer sous la défaite.

Mais ceux qui peut-être cette fois-ci vont la connaître semblent à ce point incapables de l’affronter qu’on se demande s’ils ont seulement eu conscience que les fois précédentes c’étaient eux qui avaient gagné.

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