Keep cool: c’est la troisième révolution industrielle.

On peut rester sur patron-salauds / patrons-héros, patrons-pigeons / patrons-vautours.

On peut continuer dans l’affect: « On nous aime pas » / « Mais si qu’on vous aime ».

On peut persévérer dans le populisme débile et menacer de faire les fouilles aux 200 familles.

On peut. Ca fatigue pas. Deux variations, trois esclandres, dix coups de com, et on sera en 2017.

On peut aussi poser le problème sérieusement: les entreprises crèent de la richesse mais ne la redistribuent plus.

Je n’ai pas dit: « Il se gavent et nous laissent crever ». Je n’ai pas dit non plus « Remets-t’en à l’auguste charité de ton patron. »

J’ai dit simplement, m’appuyant sur Daniel Cohen et Jeff Chan: les entreprises crèent de la richesse mais ne la redistribuent plus.

Le second, dans Can’t stop, won’t stop, restitue la naissance et surtout le développement du mouvement Hip Hop dans son éco-système reaganien, c’est-à-dire dans la première tentative de relancer les économies frappées par la crise en privilégiant le sommet de la pyramide et en pariant sur un effet douche. Libérées d’une partie de la charge fiscale qui pesaient sur elles, stimulées par le volontarisme en politique internationale… les entreprises allaient pouvoir redistribuer la richesse nouvellement créée. Las! Jamais les inégalités ne se sont autant creusées que dans les deux décennies où l’expérience a été tentée. L’essentiel des richesses produites a été capté par les 10% les plus favorisés de la population.

Dont je ne déduis pas « Les riches au pilori! ». Les patrons, les entreprises les travailleurs sont églament face à un mouvement dont aucun ne porte à lui seul la responsabilité: une troisième révolution industrielle, selon Daniel Cohen.

Ou encore: Ford est mort et enterré. L’usine qui créait de la richesse et la redistribuait n’existe plus. Parce qu’on ne peut plus employer ceux qui, à la charnière du XIXème et du XXème siècle, étaient restés sur le bord de la route et avaient trouvé à revenir dans la dynamique générale d’enrichissement à la faveur de la seconde révolution industrielle. Parce que l’évolution des transports et des techniques de communication, la révolution informatique et la massification internationale de l’enseignement ont créé un mur infranchissable pour de nouveaux outsiders, qu’on les appelle « chômeurs » en Europe ou « working poors » aux Etats-Unis. Parce que lorsque la conjoncture est plus favorable, les richesses se partagent entre ceux qui sont dans le système, et que lorsqu’elle se dégrade, les autres n’y entrent pas pour autant: ils en sont trop éloignés. Moyennant quoi un allègement général de la fiscalité sur les entreprises bénéficie à ceux qui sont dedans et ne fait qu’écarter un peu plus ceux qui sont dehors.

Reste donc à savoir ce qu’on fait des nouveaux Oliver Twist, des Misérables de la troisième Révolution industrielle.

Le budget 2013 dit en somme: l’Etat, par la fiscalité, intervient dans les angles morts des entreprises pour ce qui concerne la redistribution des richesses; il restaure par ailleurs ses marges de manoeuvre pour que les diverses aides à venir permettent une meilleure insertion dans les mécanismes de marché tels qu’ils ont été redéfinis par la troisième révolution industrielle.

Et de ceci, au moins, il me semble qu’on peut sereinement débattre, sans poussées urticantes, sans chantage affectif, sans manipulation de l’information et sans coups médiatiques.

 

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Strictement factuel, délicieusement fiscal – 1

(Article publié pour la première fois en avril 2012)

Le post suivant résume les principales informations fournies sur le système fiscal français par l’ouvrage de Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saëz intitulé Pour une révolution fiscale. 

Il sera opportunément transmis à tous ceux qui pensent:

– que seule une moitié des Français paient l’impôt,

– que les plus riches, plus actifs, sont matraqués pour subvenir aux besoins des plus pauvres, généralement inactifs,

– que les entreprises ne peuvent se développer du fait du poids de l’impôt,

– que de toute façon, des impôts, il y en a toujours trop,

… et qui votent en conséquence.

Je n’ai jamais entendu contester les informations à venir, construites par des économistes de renom. Chacun pourra d’ailleurs se rendre compte de l’influence qu’elles ont exercé sur tous les candidats, Nicolas Sarkozy par exemple ayant évoqué deux modifications en l’espace de trois mois, sur l’imposition des flux financiers et sur celle des grandes entreprises.

Suivra un post présentant les propositions du candidat socialiste. 

 

1. Les Français sont en moyenne imposés à hauteur de 48%.

Ce qui ne signifie pas que vous versez 48% de votre salaire net sous forme d’impôt.

Mais que, si l’on prend l’ensemble du revenu national sur une année, qu’on le divise par le nombre d’adultes, on obtient une somme de 2800 euros, dont 1300 environ sont prélevés sous forme d’impôts. Soient 48%, prélevés à la source ou après versement du salaire, de façon plus ou moins « sensible ».

2. Ces 1300 euros d’impôts acquittés en moyenne par chacun d’entre nous sont ventilés selon deux postes essentiellement:

600 euros pour les revenus de transfert, c’est-à-dire les allocations familiales, les retraites, le chômage… D’une manière ou d’une autre, donc, cette part prélevée sur notre salaire nous revient ou nous reviendra.

700 euros pour les services publics, les postes de l’éducation et de la santé se détachant nettement devant les investissements d’infrastructure, la police… En somme, ce qui nous est prélevé, nous aurions à le payer par ailleurs si l’Etat ne nous le fournissait pas gratuitement.

3. L’impôt est globalement régressif en France: on le paie d’autant plus qu’on s’éloigne de la pauvreté, d’autant moins en revanche qu’on est vraiment dans la richesse

Soient quatre tranches de revenus

a) de 1000 à 2200 euros de revenu brut mensuel individuel (classes populaires: 50% de la population)

b) de 2300 à 5100 euros (classes moyennes: 40% de la population)

c) de 5200 à 14000 euros (catégories aisées: 9% de la population)

d) au-dessus de 14000 euros (1% les plus riches)

Leurs taux d’imposition globaux respectifs sont compris entre

a) 41 et 48 %, avec un taux moyen à 45 %

b) 48 à 50%

c) 48 à 40%

d) 40 à 35 %

Autrement dit:

– tout le monde paie un impôt élevé

– à partir de 9000 euros par mois, les taux globaux d’imposition baissent nettement

– les moins imposés sont les 5 % les plus riches qui ont par ailleurs seuls les moyens de divers procédés d' »optimisation fiscale »dont il n’est pas tenu compte dans ces chiffres. En réalité, ils paient probablement moins de 35%.

4. Ceci s’explique en premier lieu par le poids de la TVA, qui est par essence un impôt régressif.

Imaginons que je gagne 2000 euros par mois, et qu’une fois acquitté mon loyer, mon reste à vivre soit de 1400 euros environ. Il y a de fortes chances pour que je le consomme en totalité, soit 20% de 100% de mon reste à vivre = 20% de TVA

Si je gagne 10000 euros et que je suis propriétaire de mon appartement, en revanche, il y a fort à parier que je consommerai, dans les mois fastes, 5000 euros, et que j’en investirai, placerai, épargnerai 5000 autres, sur lesquels je ne paierai pas de TVA. Soit 20 % de TVA sur 50% de mon reste à vivre. Je ne paie que 10% de TVA.

Ou encore: la TVA n’est pas un impôt égalitaire, mais un impôt régressif. Et elle pèse bien plus lourd dans le système fiscal français que les impôts sur le revenu (13% / 9%)

5. Ces derniers sont en réalité au nombre de deux, CSG et IRPP (que l’on appelle couramment « les impôts » et qui ne représente au final que 3% des 48% de prélèvements) et le second est une véritable passoire. 

Ici interviennent en effet ce que l’on appelle les niches fiscales, c’est-à-dire des mécanismes par lesquels on réduit la proportion des revenus sur lesquels l’impôt à payer est calculé à mesure que les revenus réels augmentent. Ainsi, sur certains revenus financier par exemple, on paie non pas un impôt proportionnel mais un prélèvement libératoire qui permet de soustraire ces sommes aux revenus à déclarer.

6. En ajoutant donc

le poids important d’une TVA qui se donne pour égalitaire mais qui est en réalité régressive

et le poids limité d’un impôt sur le revenu qui ne parvient plus à être vraiment progressif parcequ’il est établi sur un revenu imposable d’autant plus éloigné du revenu réel que ce dernier est élevé

on en vient à la conclusion que ceux qui bénéficient le plus de ce que finance l’impôt sont ceux qui en paient proportionnellement le moins, sauf à considérer que les commissariats et les policiers sont plus nombreux dans les banlieues que dans les arrondissements centraux de Paris, que les pensions de retraite des ouvriers sont plus élevées que celles des DG, que les pauvres ont un plus grand usage des infrastructures aéroportuaires que les riches, etc

7. Cela n’a pas vraiment besoin d’être appuyé puisque le Président lui-même l’a récemment « découvert », la fiscalité sur les entreprises est d’autant plus élevée que la structure est petite et fragile, d’autant plus faible que l’on s’approche du CAC 40, quasi nulle quand on y est.

8. Je n’ai pas beaucoup parlé du patrimoine. Disons rapidement que le patrimoine français équivaut à 7 années de revenu national; qu’il est encore plus inéquitablement réparti que les revenus, et que le poids des impôts qui pèsent dessus est entre 5 et 6 fois moindre que celui des impôts sur le revenu et sur la consommation réunis.

Je jure que tout cela est vrai.

Le bouquin est partout.

Dis voir, Nicolas!

Ainsi donc, rien n’est mieux partagé dans cette campagne, que l’audace fiscale. Et c’est un véritable coup de folie qui a balayé l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy: un impôt lié à la nationalité! Gu!

Après vérification auprès des autorités compétentes, les Français ayant migré fiscalement paieront la différence entre les impôts sur le capital acquittés dans le pays d’accueil et ceux qu’ils auraient acquitté en France!

Il ne reste plus, donc, qu’à augmenter les impôts sur le capital et à en modifier l’assiette…

Parce que sinon, Mr le Président, au mieux personne ne part, et au pire ce n’est qu’un second prélèvement libératoire permettant aux Français fortunés d’aller jouir librement de tous leurs autres revenus à l’étranger.

On ne se paierait pas un peu ma tête?