L’homme blessé et l’homme qui rit

Je jure que sans la une de Paris Match, je n’en aurais rien dit. Mais enfin, puisqu’il est question d' »homme blessé » au sujet de Gérard Depardieu, parlons de « L’Homme qui rit ».

D’abord, je tousse un peu à l’idée de ces 85% d’imposition. Lorsque les fiscalistes auront la parole, je gage qu’ils trouveront des résultats bien différents. Je rappelle que de toute façon, s’il a effectivement acquitté un tel pourcentage de ses revenus en impôts, le bon Gérard gagnera 10 % l’an prochain: le plafond de l’ISF a été rétabli pour 2013 à 75 %. Car enfin c’est pour des impôts payés à la France de Sarkozy que notre cher alcoolique s’insurge contre la France de François Hollande et nous pourrit les colonnes Morris.

Et puis Gérard sera Ursus sur les écrans dans quelques jours, moyennant quoi il nous pourrira aussi les devantures de cinéma. Avec les sous du Centre National de la Cinématographie, qui a dû largement contribuer à la réalisation de cette adaptation de l’Homme qui rit de Victor Hugo. Avec le soutien de l’Education nationale qui a déjà commencé à imprimer et diffuser des fascicules à destination des enseignants pour qu’ils emmènent leurs élèves gonfler les entrées et porter Gégé au sommet du box-office. Avec en somme un peu de ses impôts et beaucoup des nôtres, qui lui avaient déjà largement payé ses costumes d’Obélix, du Colonel Chabert, de Jean Valjean et de tant d’autres.

Enfin, Gérard sera l’incarnation du porte-parole de Victor Hugo dans un roman dont le sujet principal était l’aristocratie anglaise. Sa richesse démesurée. Sa superbe ignorance de la misère. Ses encanaillements. Ses élans de charité conditionnels et vite oubliés.

Il jouera un homme protégeant deux enfants contre la violence du monde et la rapacité des puissants. Dont toute la sagesse pourrait tenir dans la formule de Beaumarchais selon laquelle les dominants nous font assez bien quand ils ne nous font pas de mal. Dont la colère et la révolte inspirent néanmoins le long discours de Gwynplaine devant la pairie anglaise, invitant à prendre conscience qu’un monde où l’écrasante majorité vit dans la misère au pied de richesses invraisemblables ne peut pas perdurer.

 

Advertisements