Sagesse

(Article publié pour la première fois en juin 2012)

Il apparaît surtout qu’une génération entre, une autre sort.

On peut vitupérer, bien sûr, contre Olivier Falorni. Mais si c’était un peu comme s’exciter contre la tectonique des plaques?

On n’a pas l’air beaucoup plus malin d’ailleurs, même si on en peut avoir l’illusion un court instant – le temps d’une victoire électorale – à parler haut pour le retour à une société française blanche et patriarcale. Entrent des femmes. Entrent des enfants d’immigrés. Rien n’interdit de s’en féliciter. Mais si on ne peut rien contre une forêt qui pousse, on ne doit pas non plus trop s’en attribuer le mérite. C’est tant mieux. Mais surtout c’est ainsi. Surtout, c’est dans l’ordre.

Méditons, mes frères et soeurs en République, à qui le scrutin vient de donner un visage à 577 paires d’yeux, la phrase de Diderot qui  me retombe opportunément sous les yeux: « Le meilleur ordre des choses, à mon avis, est celui où j’en devais être; et foin du plus parfait des mondes si je n’en suis pas ». M’est avis qu’elle veut dire sensiblement autre chose que ce qu’on y croit lire: qui se sent injustement exclu parce que le monde a continué de monder témoigne qu’il a manqué de clairvoyance pour y trouver sa place et/ou d’énergie pour la rejoindre. Ce que faisant, il eût contribué à ses rotations et révolutions. Méditons ceci qu’en démocratie nul n’est plus que citoyen, et qu’un citoyen c’est à la fois tout et rien.

Alors salut Jack, salut Ségolène, salut Nadine et salut Claude. Salut à tous ceux qui sortent, qui entrent, qui n’ont pas réussi à entrer. On s’en fout des vicissitudes des trajectoires individuelles, et de la mienne au premier chef. Il importe surtout qu’après plusieurs années à l’arrêt, chacun à sa place fasse de nouveau tourner la France et le monde d’un cran.

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