Bon Ramadan, heureux Aïd

J’eus l’heur, il y a quelques années, de partager un bureau, toute une matinée de réunion parents/professeurs de lycée de Seine-Saint Denis durant, avec un zozo mien collègue qui, après avoir demandé aux parents s’ils comptaient fêter l’Aïd, prenait un air embêté en cas de réponse positive et se mettait à expliquer que ça tombait mal vu que c’était le jour où il prévoyait l’évaluation en course d’orientation, justement, et que ça serait pas à nouveau possible un autre jour rapport à la brièveté du troisième trimestre… Saloperie de calendrier lunaire! 

Il n’était pas positivement hostile à l’Aïd, et même, il semblait réussir à éprouver une espèce de généreuse bienveillance à l’égard de ce projet de sauterie qui s’était répandu parmi les parents d’élèves de la classe comme une traînée de poudre. Mais enfin, il y avait le principe de réalité et il fallait bien quand même que les parents soient mis face à leurs responsabilités: Aïd ou évaluation en bonne et due forme.

On ne dira jamais assez à quel point le jeune enseignant apprend au contact de ses aînés. Je restai bien entendu en retrait la vingtaine de fois où la scène se reproduisit, mais j’engrangeai savoir et expérience et, l’année suivante, à l’occasion du petit Aîd – puisqu’ « ils le fêtent deux fois » comme le rappelait récemment un proviseur adjoint, « alors qu’ils sont même pas obligés » – je les mis à profit. Je notai, en pénétrant dans ma petite épicerie de quartier, que le vendeur était étrangement enturbané et arborait un air plus solennel qu’à l’habitude. J’attendis le moment où il me rendait ma monnaie pour lui lancer un « heureux Aïd ». Posant sa main sur son coeur, il me remercia avec un grand sourire. Je crus qu’il allait pleurer. 

Il y a tout de même beaucoup de politesse chez ces peuples. Il paraît qu’en Afrique, il y avait aussi beaucoup de reconnaissance dans le regard des femmes que les colons pensaient à détacher après les avoir violées.

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