Quatre sonnets pour pas s’louper

( Article publié pour la première fois le 30 avril 2012)

 

I

 

Ce n’est pas Médiapart, ni Saïf al Islam (1),

Ni la vulgarité de Copé, Morano,

Les UV de Luca, la taille de leurs panneaux

Montés à la lueur d’une sinistre flamme;

 

Ce n’est pas le chômage, ni les propos infâmes,

Ni la défection de Ghosn ou de Pinault,

Ni une convocation devant les tribunaux

Qui dénoueront demain de ces cinq ans le drame.

 

Ne t’en remets qu’à toi du destin du pays:

IFOP ni BVA ne l’ont jamais écrit.

Qu’à ta main du sourire retrouvé de Marianne.

 

Qu’à ta voix du départ de ceux qui la musellent.

Qu’au bulletin « François » pour que la France soit belle,

Un pays de possibles à défaut de Cocagne.

 

 II

 

Quant à toi, mon ami, ne prête avec usure

Que ce dont tu disposes. Et préfère la rose

Aux savantes mais hasardeuses conjectures.

Ne garde en ton esprit que cette simple chose:

 

Qu’aux petits ont été infiniment moins dures

Les cinq années passées, sur nos querelles écloses,

Que les cinq à venir, s’il fallait d’aventure

Que tu n’apportes pas ton suffrage à la rose.

 

Oui. Qui a faim a droit. Les loyers sont trop chers.

Et trop rares à Roubaix les vacances à la mer.

Le kilowatt/heure lourd aux bourses efflanquées,

 

La police partout, la justice nulle part,

Les yeux bien trop rivés sur les peaux un peu noires.

Mais les gens à la rose ne sont pas des planqués.

 

III

 

Toi aussi, je te parle, et pose à cet effet

Le couteau que tu crois que j’ai entre les dents.

Notre querelle est juste: les cinquante % (2)

D’impôts, chacun les paie, tout comme tu le fais.

 

Eux c’est la TVA, toi c’est l’IRPP (3),

Et moi un peu les deux. Je ne me plains pourtant

Qu’à demi car je sais que c’est pour nos enfants,

Nos parents, la santé. Tu peux le vérifier (4).

 

Les riches, me dis-tu, partiront dès lundi.

Les pauvres te réponds-je seraient partis aussi,

Si la réalité pesait d’un poids moins lourd

 

Et s’ils n’avaient surtout ces idées improbables

De n’être plus tenus pour coupables toujours,

Plus seulement imposés, mais un jour imposables.

 

 

IV

 

C’est à toi que je parle, enfin, si loin, si proche.

Admets que tu fais tout pour qu’il soit difficile

De savoir qui tu es et quels sont tes mobiles.

Je suis surpris souvent de te trouver si proche

 

Par la couleur, les goûts, le peu d’argent de poche

Que tu peux te permettre de donner à tes fils,

De ceux dont tu voudrais qu’un cordon de police

Protège ton travail, tes filles et tes poches.

 

Je suis triste surtout que tu sois l’étranger

Au milieu de ces gens qui n’ont jamais changé

Quoi que Marine prétende et que Sarkozy ose.

 

Va donc à un meeting. Es-tu bien de ce monde?

De ces têtes chenues et de ces brosses blondes?

S’il t’apparaît que non, viens rejoindre la rose.

 

 

(1): Saïf Al Islam est le prénom du fils Khadafi qui a affirmé le premier que de l’argent avait été donné par le régime lybien pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007

(2): J’espère que vous m’accorderez d’être le premier au monde à tenter cette rime

(3): Impôt sur le revenu (des personnes physiques)

(4): http://www.soixanteminutes.com/2012/04/strictement-factuel-delicieuement.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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