Nuitamment, je vous écris

(Article publié pour la première fois le 22 avril 2012, soir du premier tour de l’élection présidentielle)

Nuitamment je vous écris, parce que c’est maintenant, lorsque le sommeil vient, que pour les petits et les grands les forces sombres et les images claires se livrent combat pour dominer leurs rêves, qu’une voix apaisée et douce peut le faire emporter aux secondes.

Vous élevez vos enfants et j’élèverai les miens dans un pays où la République n’est pas une évidence partagée. Cela durera vingt ans encore, au moins. Et j’ai peur que les deux semaines à venir, où Nicolas Sarkozy ne reculera devant aucun dévoiement de l’idéal républicain, n’ébrèchent encore un peu les remparts qui nous tiennent en sécurité.

Ils sont depuis plus de vingt ans de jour en jour moins puissants et dissuasifs. Et ce n’est pas facile d’élever des enfants là-derrière, et d’y vivre soi-même. Mettre François dessus ne suffira pas longtemps à tenir l’ennemi en respect.

Je dis depuis de nombreux billets que le changement c’est maintenant, et puis aussi après, et peut-être surtout.

En 1981, la société avait changé avant l’élection de François Mitterrand. Aujourd’hui, c’est à nous de faire le travail après que la gauche l’aura emporté. Et en fait, c’est à nous de faire le travail dès demain.

Nous abriterions-nous derrière la grande probabilité d’une victoire au second tour que nous serions de fieffés trous du cul. Et que nous perdrions.

Quoi? L’énergie que nous mîmes à manifester il y a dix ans pour faire voter Chirac, lorsque Jean-Marie faisait 17%, nous ne la retrouverions pas demain, quand Marine en fait 20, pour non seulement faire voter Hollande, mais aussi dire haut et fort que nous ne savons tout simplement pas ce que sont ces « français d’origine étrangère » dont même Le Monde parle parfois, et que nous ne connaissons, nous que les Français tout court? Que nous croyons en l’Europe et en l’Euro. Que nous avons moins besoin de frontières pour nous défendre que d’idées neuves et justes pour nous rassembler. Que la burqua, dont Jean-François Copé à 22H faisait déjà un argument électoral, ne nous intéresse pas, parce que nous ne pensons pas revoir des sourires de petites filles en légiférant sur les vêtements, mais en nous battant pour améliorer la condition de leurs parents. Que nous envisageons la sécurité comme un domaine d’action et pas de communication.

François Hollande a porté, avec un réel talent et une profonde éthique, toutes ces valeurs aussi haut qu’il était possible dans les urnes de ce premier tour. Toutes nos forces doivent se joindre aux siennes pour remporter la bataille des urnes du second tour – et bien, nom de nom, pas en-dessous de 55! – et celle de la rue des troisième, quatrième, cinquième… tours.

C’est vous qui distribuerez des tracts demain, ou qui ferraillerez dans vos repas de famille. C’est la société qui se change elle-même.

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