Lettre ouverte à la future droite républicaine

(Article publié pour la première fois le 24 avril 2012)

Il y a la gauche, et puis il y a la droite. En 2002, il fallait passer outre cette distinction pour en raffermir une autre, qui lui donne son sens: il y a la République, et puis il y a cette triste chose qui grandit au-dehors. La gauche l’a dit, l’a redit, et surtout l’a fait.

Les circonstances semblent moins dramatiques aujourd’hui. Nous savons ou supposons que vous vous êtes pourtant posé des questions. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle les rendent plus graves, et plus difficiles à trancher.

Plus vraiment de centre, si tant est qu’il ait jamais représenté à vos yeux une hypothèse plausible.

« Votre » candidat, trop affaibli pour ne pas se compromettre, suffisamment fort encore pour avoir des idées et des personnes à compromettre avec lui.

Le Front National, enfin et surtout.

Nous croyons nous aussi à l’exception française.

Elle tient entre autres à ceci:

Qu’un jeune général dont le père lisait Maurras, qui lui-même avait lu Barrès, choisit pourtant l’exil et la résistance lorsque l’extrême-droite vers laquelle son histoire personnelle aurait pu le pousser prit le pouvoir. Que le même général, qui avait emporté la France loin des forces de la réaction lorsque celles-ci s’étaient installées sur le territoire national, ramena à son retour et pour 40 années la droite, toute la droite, dans le giron de la République. Qu’alors que la France aurait pu ouvrir le bal européen des alliances électorales entre les partis de la droite traditionnelle et ceux de l’extrême-droite populiste, Jacques Chirac posa en 1995 qu’il n’y aurait pas de compromission avec le Front National. Qu’en somme, la droite et la gauche françaises ont dit, redit et surtout fait qu’il y a la République, et puis il y a cette triste chose qui grandit au-dehors, contre laquelle elle entend lutter.

Elle tient à ceci, plus près de nous:

Qu’hier déjà certains d’entre vous se demandaient s’il était dans l’ordre que Maurras et Barrès, que De Gaulle avait abandonnés, entrent en contrebande à l’Elysée par l’entremise de Patrick Buisson. Qu’aujourdhui, leur question justifie cette lettre. Que demain ils feront en sorte  que la ligne de démarcation la plus fondamentale ne soit pas entamée, pour que les autres continuent d’avoir un sens.

Comment?

Même entre républicains – parce qu’entre républicains! – il y a des privautés qu’on ne s’autorise pas. Je laisse donc en suspens la réponse les douze jours à venir.

Mais après, et quelle que soit l’issue du scrutin, vous savez comme moi, je crois, que vous avez une force politique à construire.

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