Les trois dernières minutes

( Article publié pour la première fois le 2 mai 2012)

 

Le débat présidentiel s’achève traditionnellement par trois minutes de parole laissées au candidat. François entre dans mon corps; j’entre dans le corps de François. Et voici ce qu’il en résulte, en attendant ce soir:

Eh bien j’aurais pour ma part quatre questions simples à poser au candidat sortant. Il n’aura plus le temps d’y répondre, mais je les soumets aux Français. Ils se rendront nombreux j’espère aux urnes dimanche et sauront compléter d’eux-mêmes les silences persistant à l’issue de ce débat.

Tout ce que Mr Sarkozy promet de faire dans les cinq ans qui viennent, que ne l’a-t-il fait dans les cinq ans qui s’achèvent?

Pourquoi parle-t-il si peu en revanche de ce qu’il a réellement fait, comme s’il était le seul à n’avoir pas à subir les lourdes conséquences de la politique que pourtant il a menée?

Pourquoi, au-delà des habillages de la rhétorique électorale, ferait-il autre chose que ce qu’il a déjà fait pendant cinq ans?

Avons-nous intérêt à cette politique qui sous les dehors du nouveau n’aura que le goût amer de l’ancien?

Mais pour toutes les autres questions qui se poseront à la France, je sais que c’est à moi qu’il reviendra d’y répondre, si les Français m’en donnent le mandat. Je mesure cette responsabilité. J’y suis prêt. Je le ferai.

Il faudra redresser la France dans la justice. La redresser parce que la fuite en avant budgétaire n’est plus possible. Dans la justice parce que les plus fragiles d’entre nous ne peuvent plus, ne doivent plus endurer cette criante injustice: payer toujours plus, se loger toujours moins, travailler toujours moins et être culpabilisés toujours plus. Je le ferai.

Il faudra redresser la France par le sérieux et la croissance. Aucun des deux n’ira jamais sans l’autre. Aucun des deux ne fut du côté du candidat sortant. Il n’a pas été et ne sera pas le président de la bonne santé des entreprises, mais celui de l’opulence des grands patrons. Au lieu de quoi la gauche, quand la République l’a appelée, a toujours su redresser les comptes de la Nation. Je le ferai.

Il faudra restaurer les liens entre les Français et la politique, entre les responsables politiques et vous. Je réduirai la rémunération des hauts responsables, à commencer par la mienne. J’instaurerai le non-cumul des mandats. Je ferai la réforme du statut pénal du chef de l’Etat, l’allongement de la période d’inéligibilité pour les élus convaincus de corruption. Aucune faute morale ne doit être tolérée de ceux qui briguent ou reçoivent vos suffrages, dès lors qu’ellle a été établie par les tribunaux. Aucune.

Il faudra enfin restaurer le lien entre les Français. Ils sont aujourd’hui dressés les uns contre les autres, au-delà de ce que commande traditionnellement ce grand rendez-vous démocratique qu’est l’élection présidentielle. Voilà qu’on imagine des gauchistes le couteau entre les dents. En ai-je l’air? Voilà surtout qu’on se figure des hommes et des femmes, Français autant que chacun de nous, animés d’intentions plus sombres encore, que leur suggèreraient leur religion ou leurs origines. Cela, le candidat sortant l’a en partie voulu. Mais la République, et la République c’est ma vérité la plus profonde, ne connaît qu’un peuple Français, un et indivisible. Que ce grand principe qui nous a fait traverser les siècles sous les regards admiratifs et envieux des autres nations redevienne réalité, notre seule réalité, c’est mon devoir. Et cela aussi, je le ferai.

 

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