Les gens sont parmi nous 1: Les électeurs stratèges

(Article publié pour la première fois le 26 avril 2012)

Autant c’était facile hier d’analyser l’enfumage du petit Nicolas sur la TVA, autant les billets d’aujourd’hui et de demain auront été conquis de haute lutte après des heures et des heures de vasouillage dans les chiffres. Soixante minutes? Tu parles.

Les sondeurs arrivent à 54-46.

Moi, j’ai fait un autre calcul, en croisant les résultats du premier tour et le fameux sondage des Echos.

64% des 27 % d’électeurs de Nicolas Sarkozy favorables à une alliance avec le Front National

+

59% des 18% d’électeurs de Marine Le Pen favorables à une alliance avec l’UMP

=

(recompte… on sait jamais)

28%

Nicolas Sarkozy obtiendra le 6 mai 28% des suffrages exprimés le 22 avril.

« Ben… t’es con ou quoi? C’est une science, les sondages et les projections. Il est tarte ton calcul. »

Je le maintiens. Le temps d’examiner deux hypothèses. Un peu iconoclastes.

La première c’est que le 22 avril était bien le lendemain du 21, et que Nicolas Sarkozy fera le 6 mai 10 points de plus que le précédent candidat d’extrême-droite populiste à être parvenu, comme lui, au second tour de l’élection présidentielle: Jean-Marie Le Pen.

La seconde, c’est que la vraie science, c’est le vote Front National.

Je veux dire: le fait de voter Front National. Pas le fait d’analyser ce vote pour le capter ou établir des prévisions. Ces deux disciplines-là donnent l’impression, si « monstre politique » que soit Nicolas Sarkozy et si fort en maths que soit Brice Teinturier, d’essayer de comprendre par l’addition et la soustraction des gens qui maîtrisent les logarithmes et la trigonométrie.

Le discours sur le vote protestataire ou d’expression ne doit plus constituer le pivot de l’analyse de l’électorat du Front National. Il est condescendant, et il n’est pas nécessaire de mépriser pour combattre. Il est surtout incroyablement court.

Peut-être les électeurs du Front National sont-ils pour partie des électeurs tripaux. Ils sont surtout des « électeurs stratèges » (1), qui anticipent avec une lucidité étonnante les effets de leur abstention ou de leur vote, choisissent l’un ou l’autre extrêmement à propos. C’est nous qui exprimons une sensibilité politique, qui avons le coeur à gauche. Une bonne partie d’entre eux anticipent la force et l’angle de trois ou quatre rebonds de chacun de leurs suffrages. Ils nous enfument, en mille bandes.

Les sondeurs rament. Sarkozy écope. Et Marine Le Pen, j’en prends le pari, ne savait pas plus que les autres qu’elle ferait ce score-là et ne se mouillera pas dans les semaines qui viennent: la machine doit refroidir.

Quant à nous…

(1) Voir la revue Hérodote, n°144. Article de Bernard Alidières qui reprend lui-même des analyses de Françoise Subileau

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