Et puis, un beau matin, on n’a plus parlé que d’étrangers

(Article publié pour la première fois le 1er mai 2012)

Nous sommes sur le reculoir, les amis. Nous sommes sur le reculoir.

Je vois des petits potes qui observent l’érosion des sondages avec le bulletin blanc à la main, qui sortiront le « François » si l’écart se resserre trop, disent-ils. Sauf que, si l’écart se resserre, c’est que l’autre est « en dynamique », comme l’était d’ailleurs Marine Le Pen à la veille du premier tour, selon les termes toujours choisis de Brice Teinturier. Et alors, tout devient possible!

Et quand bien même nous gagnerions, nous ne voulons pas d’une victoire de résistance mais d’une victoire de conquête.

Car sur quoi reculons-nous?

Le petit Nicolas a su nous faire basculer un beau matin dans une grande hallucination collective: le problème de la France, c’est l’immigration, c’est les étrangers. Du chômage, plus question. De l’école, plus question. De la santé, en a-t-il jamais été question? De croissance, de fiscalité, de redistribution des richesses… plus question. Ou tout au prisme de la nouvelle sarkose. Pas si nouvelle que ça, je vous l’accorde.

Ca a bien sûr quelque chose de tétanisant, pour nous, le racisme. Ca nous met dans tous nos états. Et puis il y a ceci que nous ne savons pas bien, les scores du Front National aidant et l’effet tâche d’huile de la semaine écoulée leur donnant une résonance de cathédrale gothique, ce que pensent les gens autour de nous. Plus que nous ne croyions en tout cas semblent considérer que le problème c’est les autres. Et chacun sait ce que c’est que de vieillir de dix ans en parlant dix minutes avec un raciste.

Ce n’est vrai pourtant que lorsqu’on est sur le reculoir. Et il n’y a AUCUNE raison de l’être.

Dominique Tian, de la droite populaire, avait voulu démontrer dans le cadre d’un rapport parlementaire que les étrangers fraudaient la Sécu et nous coûtaient trop cher. Il n’est parvenu qu’à montrer que les déséquilibres de nos comptes sociaux étaient pour l’essentiel le fait de fraudes aux cotisations sociales venant des entreprises. Il ne s’en est pas vanté. C’est à relire ici:

D’autres députés n’ont pas reçu l’appui d’un cadre parlementaire pour travailler sur la question de l’immigration, en sollicitant des universitaires. Il s’agit par exemple de Sandrine Mazetier (PS), Martine Billard (FdG) et et ET Etienne Pinte ( U! – M! – P!). Ils ont rendu un rapport.

On y apprend, pêle-mêle

que sans les travailleurs étrangers (les étrangers, pas ceux qui ont l’air différents), les comptes sociaux seraient infiniment plus déséquilibrés qu’ils ne le sont

que sans eux, il faudrait dégager non plus 3% mais 5% du PIB pour financer notre régime de Sécurité sociale

que les migrants subsahariens ont en moyenne un niveau de formation plus élevé que les habitants de France métropolitaine

que le taux d’emploi des étrangers entre 30 et 49 ans est sensiblement identique à celui des Français du même âge

que les immigrés créent très majoritairement leur propre emploi et ne le volent à personne

… et tant d’autres choses encore que vous lirez ici:

Après quoi vous prendrez votre bâton de pélerin, vos bottes de sept lieues et de 55%.

Au cas où vous auriez droit à: « Mais je les vois bien, moi. Ils ont toutes les aides sociales. Ils vivent comme des princes. Ils battent leurs femmes… », rétorquez donc que vous les voyez aussi.

A cinq ou six heures du matin, quand vous rentrez de soirée, largement majoritaires dans les RER et les métros qui conduisent les sous-payés au boulot.

Systématiquement sortir en catimini de la cuisine des restaurants parisiens qui les emploient au noir … et Dieu sait quels chantages leur infligent des gus qui étaient peut-être au Trocadéro il y a deux heures pour célébrer le vrai travail!

Habillés de la même façon de novembre à mars, parce que tout le monde n’a pas les moyens des vêtements de demi-saison.

Et qui disent merci à tout. A rien. A ceux qui les insultent aussi bien qu’à ceux qui ne savent pas les défendre.

Désolé, hein. Mais faut pas toucher à mes élèves.

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