La question Ayrault.

La question Ayrault telle qu’elle est posée n’a aucune signification politique. Nul n’y échappe pourtant. Et nombreux sont les spécialistes qui, sur les plateaux télé ou dans les colonnes des journaux, peinent à franchir le mur qu’elle oppose à la formulation de vrais problèmes.

Certains sont parvenus néanmoins à faire entendre qu’elle renvoyait fondamentalement à la nouvelle relation entre le Président et le Premier Ministre telle qu’elle a été définie par le quinquennat.

J’ajoute ceci: elle renvoie à la situation paradoxale d’un pays mentalement conservateur qui vient d’élire un Président et un Parlement de gauche.

Que la France soit à droite, on s’en convaincra aisément en analysant  entre autres les parti-pris éditoriaux majoritaires, le succès des pigeons, les ralliements récents à Jean-François Copé ou la récurrence -justement- de la question Ayrault. Si l’on n’en est pas convaincu, CQFD.

En résulte la situation paradoxale suivante: une Gouvernement dont le travail de conviction découle de l’élection au lieu de l’avoir précédée. Une majorité à qui il reste à construire une adhésion positive après que l’excellente campagne de son candidat, les lois de l’alternance et le rejet de Sarkozy – plus encore peut-être, à cette heure, que du sarkozysme – lui ont permis d’emporter l’élection.

Or…

1. La base militante du parti socialiste reste faible. A l’ère des partis de masse, c’étaient tout juste un peu plus de 70000 hommes et femmes qui se trouvaient à jour de leurs cotisations au moment du vote du Congrès et de l’élection du nouveau Premier Secrétaire.

2. A la gauche de la majorité, les attitudes de soutien vigilant ou même de participation directe aux affaires ont laissé place à une posture d’extériorité radicale. Le Front de Gauche ne contribue pas – et n’entend pas contribuer – à cette construction a posteriori d’une adhésion positive à une mentalité et à des idéaux de progrès.

Résultat: c’est au gouvernement de faire le job, et tandis qu’Arnaud pose en marinière, Jean-Marc est confronté à des questions que l’on ne pose habituellement pas à un Premier Ministre.

Alors, au boulot.

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