Déglutir Sarkozy

(Article publié pour la première fois le 1é avril 2012)

Le 7 mai, sauf si ma génération est vraiment poissarde, la précédente vraiment tocarde et la France organiquement à droite – aucune de ces trois hypothèses n’étant à exclure totalement – Nicolas Sarkozy partira.

Il restera longtemps pourtant, comme un corps étranger dans l’organisme républicain, à digérer, à métaboliser, ou à rejeter tout simplement, dans de longs et douloureux spasmes. Nos futurs dirigeants ne pourront se payer le luxe de ne songer qu’à l’avenir. Non seulement il faudra réparer. Mais c’est à proprement parler un travail de mémoire qui commencera.

Le plus fort reste à venir en fait de scandales. Ils semblent devoir nous conduire à ce qui se fait de pire en matière de realpolitik internationale. Surtout, Nicolas Sarkozy a toujours été et demeurera un corps étranger dans l’esprit républicain et l’identité démocratique de notre pays.

Des modes d’exercice du pouvoir à la politique d’immigration, des nominations à la tête des entreprises publiques à l’usage de la parole présidentielle, le quinquennat Sarkozy constitue un changement de nature et non de degré, une profonde solution de continuité et pas un ajustement de trajectoire.

Sarkozy n’a jamais été républicain. Il restera à la République à faire la démonstration qu’elle n’aurait jamais dû être sarkozyste, et qu’elle est capable de restaurer son essence après que l’un de ses présidents l’a profondément corrompue.

Il en va de la capacité du régime républicain fonctionner, mais surtout de sa faculté à susciter de nouveau l’adhésion populaire qui constitue son moteur et sa raison d’être. On commence seulement à percevoir ce que ces cinq ans ont produit en fait de désaffection, de marginalisation volontaire, de perte de foi. Ces blessures, nous mettrons très longtemps à les soigner et il ne faudra pas s’aveugler sur la capacité du malade à se remettre de lui-même.

Le 7 mai, si tout va bien et si nous aidons le ciel très fort, Sarkozy partira. Mais il restera beaucoup à faire pour le déglutir.

Publicités