Le multiplicateur mélenchonien

( Article publié pour la première fois le 30 mars 2012)

John Maynard (Keynes) donne 400 euros de plus que d’habitude à A. A ne comptait pas dessus. Il peut faire réparer la voiture familiale; sa femme, B, au chômage, postuler pour de l’aide à domicile. C, le garagiste avait 4 voitures à faire réparer ce mois-ci, contre une seule le mois dernier. Il a pu faire passer D en temps plein avec une partie de l’argent de A, l’autre permettant d’acheter la pièce et de faire travailler l’entreprise E. Qui investit et embauche puisque les commandes affluent….

La somme s’échange plusieurs fois, s’investit plusieurs fois, provoque plusieurs retours sur investissement. Le pays s’enrichit.

Oui mais… Nous voici en 2011.

Au mieux, imaginons que les partis de gauche supposément alternative n’en soient pas venus à proposer la consommation et le pouvoir d’achat pour seul horizon au prolétariat (comme dirait mon ami Fred).

Jean-Luc donne 400 euros de plus à A. A ne comptait pas dessus. Il peut faire réparer la voiture familiale; sa femme, B, au chômage, postuler pour de l’aide à domicile. Elle gagne une misère et permet surtout aux actionnaires d’une entreprise qui a sauté sur les aides de l’Etat dans ce secteur d’activité et fonctionne aux trois quarts avec des stagiaires non rémunérés de toucher des dividendes. C, le garagiste, va pas s’emmerder à embaucher quelqu’un qu’il peut payer au noir pour quelques heures par-ci par là. Quant à l’entreprise E, notons qu’elle est désormais allemande, et que si elle vend en France, elle y achète de moins en moins.

Au pire, Jean-Luc donne 400 euros à A, et A – comme il est probable puisque les partis de gauche supposément alternative ont bien vendu la consommation comme ultime horizon au prolétariat – achète un écran plat de marque B.

Dans le premier cas, nos 400 euros sortaient du circuit économique national progressivement, par de petits trous d’air. Ici, dès le premier échange, la somme circule, s’investit et se multiplie… en Allemagne, aux Etats-Unis, en Chine, en Inde.

D’ailleurs, l’entreprise B, pas plus conne qu’une autre, s’avise que Jean-Luc est en train de jouer les derniers sous de la France à la roulette Russe et qu’il y a de la thune à éponger vite fait bien fait. Comme par magie, les prix augmentent.

Le mois suivant, pour payer ce SMIG à 1700 euros qui ne valent finalement pas beaucoup plus que les 1300 de départ, il faut emprunter, détruire du capital (vendre des biens de l’Etat, des entreprises…) puisque l’économie n’a produit que très peu de richesses nouvelles.

C’est le multiplicateur mélenchonien.

J’aimerais mieux que ce soit François qui décide de ce qu’on fait des 400 euros, et qu’on resserre un peu les mailles du filet avant de les lâcher dans le circuit économique.

Merci.

 

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