BTS aérés.

(Article publié pour la première fois le 27/03/12)

Cela fait cinq ans qu’ils sont dans le même lycée, si tout s’est bien passé. Au milieu, ils ont eu dix-huit ans, qui n’ont rien changé. Et le permis, dans lequel peut-être certains d’entre eux plaçaient plus d’espoirs de changement d’horizon que dans le bac. Mais la coco, l’acheter comment pour aller où? Paris? Et une fois là-bas?

Le lundi, retour au lycée. On ne peut pas vraiment, chez nous, leur offrir le luxe d’un traitement très différent de celui des Secondes: le règlement intérieur est chose trop fragile. Alors ils présentent leur carnet de correspondance à l’entrée, retirent leur casquette, disent bonjour à la dame … n’apprennent jamais vraiment à dire « non » ou « merde » à un adulte investi de l’autorité. Pas d’espace soustrait à la contrainte, ouvert à sa critique. Pas de cité U, de restau U, de fond d’amphi, d’école buissonnière…

Cela fait vingt ans, surtout, qu’ils vivent dans la même ville, la même cité, le même appartement. D’autres au même moment rencontrent le grand amour. Sont toujours fourrés avec un pote à la vie à la mort rencontré hier. Parcourent inlassablement les rues de leur nouvelle ville, où ils vont rester 2, 3 ou 5 ans. Et sans même quitter le domicile parental, ils mettent un pied dans un autre monde. Ils découvrent des provinciaux, des parisiens, des bourgeois, des pauvres, des mecs et des nanas avec des « de » dans leurs noms, des « dreadeux », des « gothiques » et des « cailleras », des chrétiens, des musulmans, des juifs, des filles, des garçons, des homosexuels… Ils ont même pas eu le temps de se demander si ce serait possible que déjà ils vivent ensemble.

E-ducere, c’est faire sortir. Mes BTS, on les assigne à résidence.

Je serais chef du monde, je donnerais une bourse pour aller ailleurs, loin, à tous les élèves de lycée dont l’établissement de formation offre le BTS qu’ils voudraient faire après le bac. Que tout le monde visite la République. C’est probablement beaucoup plus important que de « découvrir la réalité du travail ». Mais enfin, on a l’exotisme qu’on peut.

Publicités