Mais qui classera PISA?

( Article publié pour la première fois en mars 2012)

Ils étaient un petit paquet d’une douzaine de gamins, réunis autour d’un banc, des garçons surtout, qui déployaient leur énergie autour de chemises cartonnées vertes. Pour des gosses de 8 ans dans une cour d’école primaire à 17 h, c’était surprenant. Dans les chemises vertes, leurs livrets scolaires, très différents de ceux que j’avais connus: pas de notes ni de rang, mais des compétences, « Acquises », « En Cours d’Acquisition », « Non Encore Acquises ». Au milieu des activités typiques de leur âge ( courses circulaires, cassage à la Brice de Nice ), ça ressemblait à une salle de marché:

« 17 N.E.A. 5 E.C.A. 3 A. »

– Ouah l’mongol!

– Eh! moi, 13 A.! »

– Ben moi, vas-y, on compte … 20 A.! » Course circulaire. Cassage à la brice de nice…

Ils se classaient.

Me souvient du coup que quand j’étais petit, on ne parlait pas de « bulletin », ni de « livret ». On parlait de « carnet », au mieux, mais au moins autant de « classement »:

« Vous avez eu les classements? »

Vague de froid. Grolles de plomb.

Depuis 2000, l’OCDE conduit et publie les résultats de PISA, Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves. Ce sont des centaines de pages rendant compte de centaines de tests pratiqués auprès de milliers d’élèves. On y apprend, entre mille autres choses et chiffres à l’appui, que la mixité sociale profite à tous sans véritablement nuire à quelques-uns, que nos filles s’auto-censurent en formulant leurs voeux d’orientation, que la proportion d’élèves appartenant au peloton de tête est en France inférieure de 5 points à peu près à ce qu’elle devrait être dans une véritable « économie de la connaissance », qu’en revanche les élèves laissés à la traîne dans les deux groupes de queue représentent près de 40% de l’ensemble, que nous sommes tristement excellents enfin en redoublement, en proportion d’élèves préférant laisser les questions ouvertes sans réponse et d’élèves se sentant mal à l’école.(1)

Et tout ce que nous en retenons, quand les études paraissent tous les trois ans, c’est… un classement.

(1) Voir Baudelot et Establet, L’Elitisme républicain

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