Une minute de silence, ou cinq minutes de discussion?

( Article publié pour la première fois en mars 2012, le jour de la mort de Mohamed Merah)

A un cours sur quatre ou cinq, il y en a un qui me demande: « Et Monsieur, comment on fait si le sujet c’est sur les religions? » Frisson. Ils auraient bien des avis sur la question, mais ils sentent qu’une partie est suspecte, y compris à leurs yeux, et doutent du coup de tout le reste. La peur de dire une connerie, d’avoir 0, et le pire: pas pour avoir voulu faire de la provoc, mais simplement parce que c’était la seule idée qu’ils aient jamais entendue sur le sujet, ou parce que là, sur le coup, ils ne voyaient pas de problème dans ce qu’ils écrivaient.

Et pourtant, comme ils sont humains, bienveillants, sympas tout simplement! Et comme ils ont envie de savoir, de comprendre la position sur laquelle on attend qu’ils s’accordent et qu’on explique si peu. Et dont on montre si peu l’exemple.

Est-on fondé à faire peser sur la tête de gamins qu’on fait slalomer entre des mots tabous l’épée de Damoclès de la malpensance, quand une fois sur deux le mot « musulman » est employé en lieu et place du mot « maghrébin »? Dans un pays où cette confusion est quasiment un préalable des discours privés et publics, au même titre que celle entre « Juif » et « juif », peut-on attendre que la laïcité soit une idée comprise de tous? Et désolé de revenir à lui, mais: comment fonderait-on une perception et un sentiment communs quant un ministre peut échapper à l’énormité d’une déclaration en donnant à un mot un sens nouveau et qu’il est quasiment le seul à admettre?

Lorsqu’on fait une minute de silence, me semble-t-il, on ferme la bouche, et parfois les yeux, pour revenir à un socle commun, à une évidence à la fois intime et collectivement partagée. Sauf à considérer que les notions de République et de laïcité et les informations factuelles les plus élémentaires sur la tuerie de Toulouse sont de l’ordre de l’inné, que tout citoyen Français a un télex AFP, une Déclaration des droits de l’homme, une loi de 1905 et une Constitution de 48 dans le cerveau reptilien, les bouches et les yeux se sont fermés, ce matin, en de trop nombreux endroits, sur un drôle de chaos.

Et il fallait bien cinq minutes de parole plutôt qu’une minute de silence pour rappeler que nous pleurions sept enfants de la République.

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