Mantes-la-Jolie, centre du monde!

Je suis né à Mantes-la-Jolie. Si pour le reste on est libre, en fait de villes, on aime ce qui nous échoit.

C’est souvent dur, Mantes. PSA Poissy, c’est dur. Renault Flins, c’est dur. Le boulot, c’est dur. Le chauffage au Val Fourré, c’est dur. Le samedi soir aux urgences, c’est dur. C’est pas Valmy, c’est pas Verdun, mais ça n’est pas non plus le plateau de Saclay: c’est l’autre côté des Yvelines, avec beaucoup moins de chaussures bateau et d’activités high-tech. Il s’y est passé des choses, il y est venu des populations un peu plus à leur aise. Mais enfin le Monoprix ne marche pas, les finances de la ville sont très mauvaises, les projets ne convainquent pas forcément: il y a une dynamique qui ne s’est pas vraiment enclenchée.

Ca fait des lustres qu’on attend le RER E. Ce sera pour 2020. On aurait pu espérer le Super Métro. Il ne passera pas. On comptait sur la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Paris-Normandie … elle fait partie des projets qui seront, sinon abandonnés, du moins remis à l’étude, probablement amendés, certainement différés.

Je nous voyais déjà au centre du monde pourtant: idéalement situés sur l’axe Paris-Le Havre, au centre de gravité d’une belle idée qui voulait hisser la capitale au rang de ville-monde en lui donnant un débouché sur la mer. Base-arrière de la Défense pour les activités de service, et du futur plus grand port d’Europe pour les activités industrielles, de recherche et développement, de transport.

Pschiit! Pas de sous.

Je dis qu’il faut en trouver. Que ces dépenses d’infrastructures sont vitales. Qu’elles ne doivent pas être en balance avec l’investissement de long terme dans le recrutement, la formation et la rémunération de 40000 enseignants – dont la légitimité ne se discute pas – parce qu’elles sont elles aussi le puissant ressort d’un retour à la croissance et d’une redéfinition de son contenu, à court, moyen et long terme cette fois-ci. Il faut les deux.

Je dis qu’il faut remettre sur le tapis l’idée d’un emprunt, non pas sur les marchés, ni auprès des instances européennes, mais auprès des citoyens. De sorte que la souveraineté financière de la France ne soit pas hypothéquée. De sorte que, aussi, l’idée d’une contribution des individus au développement d’un projet collectif reprenne vie sous une forme démocratique, transparente et plus concrète.

Les frondes anti-fiscales témoignent au moins autant et peut-être plus de la circonspection des citoyens à l’égard d’une fiscalité opaque que des difficultés économiques ou des mauvaises dispositions de certaines catégories de la population. En somme, il nous échappe souvent que nos impôts paient nos écoles, nos hôpitaux, nos pensions de retraite et nos infrastructures. Au lieu que les Brestois, face à leur tramway flambant neuf, sont fiers de leur contribution, enthousiastes quant aux perspectives collectives qu’elle leur a permis d’ouvrir. « C’est un plus pour Brest », entend-on partout.

C’est parce que les temps sont durs, et qu’il ne nous reste de richesses que la démocratie, l’envie de vivre ensemble et de choper l’avenir au collet que la LGV Paris-Normandie et tous les projets comparables dont l’avenir semble incertain doivent être maintenus à toute force.

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