A la BPI

(Article publié pour la première fois le 12 août 2011)

A la cafétéria de la BPI, on croise, comme ailleurs dans la bibliothèque, des dragouilleurs à mèche ou à casquette, des gens sans chaussures qui lisent l’araméen, des minettes qu’en veulent, des petits frères qui ont fini par s’habituer à cette étrange garderie, les lecteurs du peuple et le peuple des lecteurs, et une étrange machine.

J’arrive à la caisse une bouteille d’eau en main. Deux employés. Le premier scanne ma bouteille. Je lui tends ma pièce, mais il garde ostensiblement les mains le long du corps et m’indique des yeux une machine à ma gauche. Mes yeux à moi indiquent que je n’ai pas compris. Le second intervient: il faut mettre la pièce dans la machine. Ah bon.

Ca ronfle, ça fait des chtling et ça me rend soixante-dix centimes.

« Ah ben c’est bizarre quand même.

– Ben oui mais c’est un investissement, répond le second employé.

– Ca doit coûter des sommes folles.

– Ben oui mais c’est un investissement.

– Mais pourquoi?

– Ca coûte cher mais c’est un investissement. La direction, ils savent qu’ils vont gagner à long terme. Parce que qui que ce soit derrière la caisse, y aura plus d’argent qui disparaît. »

J’ai bien dû voir vingt personnes différentes derrière cette caisse. La statistique que suggère cet « investissement » est sidérante: pour vingt caissiers, combien ont tapé dans la caisse? A en croire mon interlocuteur, c’est quasiment systématique. Mais alors…?

Je voulais leur demander si à leur avis on n’aurait pas mieux fait d’augmenter un peu les salaires. Parce qu’au fond si presque tout le monde vole et si ceux qui ne volent pas ne restent pas, la première hypothèse est que le salaire ne permet pas de vivre, non?

Mais je n’ai pas demandé. Parce que cette idée n’était apparemment pas venue à une direction que je suppose en grande partie publique. Parce qu’un employé, au fond victime de ce choix discutable, venait de le justifier devant moi. Il y avait un mur que j’avais peur de ne pas savoir franchir.

Et pourtant, c’est bien de franchir des murs qu’il va s’agir dans les mois qui viennent.

 

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